Chronique – Plongée dans le P.Town de Jazzy Bazz

Cela faisait presque 4 ans que l’on attendait le premier album de Jazzy Bazz après un excellent EP  » Sur la Route du 3.14 «  où figurait le désormais incontournable et très symptomatique 64 mesures de Spleen. Si en France, le rappeur moderne s’évertue à sortir un où deux projets par an par pure peur du vide, le MC qui oeuvrait dans les clashs  aux Rap Contenders agit différemment, en prenant son temps, en étudiant son environnement et en veillant à la tournure de sa musique, conscient qu’un mot revêt un sens et qu’une mélodie conserve le pouvoir d’emmener loin.

Dès le premier titre éponyme de P.Town, on se plaît à retrouver la plume et l’univers glacé du rappeur parisien, qui perpétue comme trop peu d’artistes la culture du sens et de la raison au moment où le rap se noie sous un flot lassant d’égotrips et de punchlines vaseuses, certes drôles ou révoltées mais bien trop souvent pauvres dans le texte ou la technique. Même si la diversité de notre rap est un vrai plus et que l’énergie n’y a jamais été aussi conséquente, il est devenu trop fréquent d’applaudir le médiocre en délaissant les très bons.

Jazzy Bazz est de ceux qui font prendre de la hauteur au Rap et le crédibilise aux yeux de ses plus odieux détracteurs mondains ( Yann Moix, si tu nous lis ) en orientant son art vers la bonne direction, ne laissant ni de côté l’aspect récréatif de la discipline, ni sa fonction dénonciatrice et ses origines révoltées. Avec des textes ayant pour thème la jeunesse qui exhulte autant que la jeunesse qui se vautre, les passions vives, les sentiments malmenés, la vie simple et heureuse ou la réalité misérable, Jazzy Bazz redonne du sens à la musique et fait du bien.

P.Town est aussi l’album de personnes au talent immense. Si ce pur lyriciste excelle dans son album à coups de double sens  ( parfois des triples ) et de lignes puissantes, il ne faut absolument pas oublier les autres car l’artiste est bien entouré, comptant autour de lui les meilleurs et les plus inspirés des beatmakers français, de Jimmy Whoo à Myth Syzer en passant par Ikaz Boi, Monomite, Everydayz, Hologram Lo’ ou Dela . On adore évidemment le featuring avec Freddie Gibbs sur le morceau  » Lay Back «  et la présence de son compère Esso Luxueux toujours aussi bon dans sa nonchalance. Le gros coup de coeur reste le titre  » Visions  » en featuring avec Bonnie Banane, piste au moins aussi frissonnante qu' »Adrénaline »,  manifeste fracassant d’une génération en recherche constante de saveurs et d’espoir, trop souvent piégée par le vide du quotidien et ses propres malheurs.

L’album de Jazzy Bazz est une vraie performance, une belle réussite au même titre que les albums de ses collègues Nekfeu, Alpha Wann ou Espiiem, et une oeuvre à part entière qui pousse vraiment le rap vers le haut. On aime le rap pour toute ses saveurs, d’où qu’elles viennent, mais celui-là pousse à l’introspection autant qu’à l’ouverture sur le monde et parlera sans doutes à beaucoup de ceux qui l’écouteront.

P.Town est une réussite, un vrai bel album arrivé au moment où l’on oubliait presque que le rap pouvait aussi pousser à la réflexion.

L’album de Jazzy Bazz est disponible sur Itunes depuis le 26 février 2016 et chez tous les bons revendeurs.

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