Le Top 5 Rap Français des meilleurs albums de l’année

Après une année entière avec vue sur le rap français, TRENDS Periodical vous livre son Top 5 des meilleurs albums de l’année 2015, une année ultra productive et riche en musicalité, marquée par l’émergence appréciable de nombres d’artistes de  » l’époque Youtube  » influencés par la scène américaine et galvanisés par leurs rafales de likes.

Difficile d’établir un Top 5 après cette année marquée par un renouveau bougeant, boosté par l’avènement d’une nouvelle mentalité «  à l’américaine » plus collective, créative et décomplexée. Les sorties nombreuses et éclectiques ont permis la découverte d’artistes à l’énergie dévorante et aux univers parfois complexes. On relèvera certaines plumes, certains flows, certains mots et certaines instrus qui trouveront sûrement leur place dans la frise chronologique du rap hexagonal.

Quoi qu’il en soit, voici les 5 albums de l’année, sélectionnés selon des critères complexes, spéciaux et totalement assumés, avec une envie forte de féliciter la technique, la personnalité, le charisme, la nouveauté, les textes et l’ensemble.

NEKFEU – FEU

Le MC le plus hyperactif de l’année a mis tout le monde d’accord cette année avec son album FEU, démonstration technique et textuelle inspirée et gonflée par des productions très bien calibrées. Après avoir collaboré avec un tas d’artistes d’horizons différents et avoir rudement bien préparé la sortie de son projet solo, le rappeur de l’Entourage, du S Crew, du 5 Majeur et d’1995 a tenu ses promesses. Vous retrouverez la chronique de son album ici. Une belle réussite, dangereuse comme la poudre à canon : Quand on appuie sur play, les enceintes font feu et la concurrence se met à couvert.

 ESPIIEM – NOBLESSE OBLIGE

Après une année passée sous le signe de la richesse outrancière, de la violence et des grosses fesses molles, il fallait quand même qu’en 365 jours un peu de conscience vienne se glisser là. Bien entouré, déterminé et fort d’un raisonnement sincère, Espiiem a réussi à nous livrer un album fort et spirituellement engagé, livré avec des productions fines et travaillées, nourries d’une personnalité propre à celle du rap et du beatmaking de Paris intra-muros que nous félicitions il y a peu dans notre chronique.

BOOBA – NERO NEMESIS

Fragilisé par l’arrivée de petits nouveaux aussi talentueux qu’affamés, Booba livrait le 4 décembre un Nero Nemesis impitoyable et de bien meilleur facture que l’album D.U.C sorti la même année. Outre un quasi-abandon de l’autotune, il faut saluer la recherche constante de bonnes phases et de gros flows opérée par le duc depuis 20 ans. Puissant, son album surprend par la qualité des punchlines comme par l’ambiance globale, amplifiée par des productions nouvelles et des prises de risques indéniables. Non, ce n’est toujours pas « l’album de trop ».

NIRO – SI JE ME SOUVIENS

Bah ouais mon ami. Le rappeur de Blois se devait de figurer dans notre classement après nous avoir servi une trilogie réussie et s’être imposé une fois de plus avec «  Si Je Me Souviens », album racé et moderne aux influences évidemment street, surtout héritier d’une pensée jamais ébranlée d’un mc qui kicke la tête sur les épaules et la conscience tranquille. Plus puissant dans les textes que ses collègues, Niro épate également par sa technique et ses tournures.

DISIZ  – RAP MACHINE

Rap Machine est un opus à la fois grave et subtil, mélancolique et enragé. Nostalgique d’une époque et presque père d’une autre, Disiz continue d’évoluer dans un environnement en perpétuel mouvement et s’adapte, se façonne, change encore et prouve que le game doit encore composer avec lui. Le flow ne s’éteint pas malgré le temps qui passe, les productions sont fortes et l’expérience fait ici la différence. Parce que Disiz innove et parfait son rap depuis Le Poisson Rouge et parce que ce dixième album est résolument bon, il est normal que son album vienne conclure le top.

ET LES AUTRES ?

On aurait évidemment pu vous dire qu’on avait «  jamais entendu de rap français » si Youssoupha n’avait pas livré qu’un Noir Désir 1.5 avec la sortie de NGRTD, un album déjà vu où le mc ne se renouvelle pas et reste dans sa zone de confort, entre conscience-business et flows malheureusement toujours identiques. Problème aussi avec Lino, ex d’Arsenik, qui nous a semblé un peu trop suffisant dans un album à la trajectoire artistique facile et douteuse. On adore, on trouve ça moyen ou on aime pas, mais Requiem fait de parti de ces albums de rap qui manquent de percussion.

On ne mettra pas non plus SCH qui pourtant livrait il y a quelques semaines son premier album A7, original, inspiré et maîtrisé mais peut-être trop faible lyricalement. On attend la confirmation, comme pour le duo PNL étrangement adulé par une critique un peu trop dithyrambique, qui a réussi à plaire en emmenant les auditeurs dans ses productions profondes, mais nous a finalement offert un album trop linéaire, techniquement fragile et textuellement pauvre.

On soulignera quand même le très bon retour d’Ali ( deuxième moitié de Lunatic ), l’album plein de personnalité d’Oxmo Puccino ou l’originalité de Rufyo et son EP 00H92, tout comme la confirmation de Gradur qui a réussi à maintenir son buzz et a rassemblé nombre d’artistes tout au long de l’année mais qui ne figure pas dans notre Top à cause d’un album rempli de déchets, oscillant entre le bon et l’extrêmement mauvais. L’album de Seth Gueko, notre Professeur Punchline à nous, est quant à lui une belle réussite, mais peut-être un peu trop marginale dans le contenu parfois.

Gros Big Up à destination de Stomy Bugsy, totalement à la ramasse. Sinon, cette année encore, Kaaris faisait du Kaaris, Lacrim faisait du Lacrim et Jul du Jul pendant qu’un blondinet du nom de Vald venait dynamiter le milieu à coup de sons décalés et folichons. Georgio, lui, démarrait sa campagne Kickstarter pour livrer son premier album Bleu Noir, globalement pas à notre goût mais véritablement encourageant, dans sa chair consciente comme dans sa construction.

ET EN 2016 ?

Pour 2016, on espère surtout que l’énergie ne s’estompera pas. On attend avec impatience l’album de Jazzy Bazz et demeure curieux d’une éventuelle sortie des gars de chez Bon Gamin. Cette année sera également l’occasion de durer pour Gradur, Sadek, Dosseh ou Joke, et de confirmer pour SCH et PNL. On suivra aussi l’éternelle actualité de Booba et Rohff ou le retour de Nessbeal.  Les nouvelles signatures du 92i telles que Shay, Siboy ou Benash auront eux 365 jours pour faire la différence, comme Cahiips du ShegueySquaad. Et puis, du coup, on espère que nos autres lauréats ( Espiiem, Disiz, Nekfeu, Niro) dévoileront du neuf, ou qu’Oxmo Puccino sortira un autre album, tout comme Abd Al Malik, fraîchement revenu au rap. 2016 sera peut-être également l’année de Rufyo ou d’Hamza, deux artistes à l’univers bien personnel.

Finalement, tout ce que l’on souhaite pour 2016, c’est que cette effervescence dure et que le rap continue d’hausser la voix en prouvant à ses détracteurs qu’il n’est pas une sous culture, et à ses auditeurs qu’il reste un formidable vecteur d’émotions, riche par son sens, sa musique et les nombreuses personnalités qui le façonne.

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