Le RAP des marges : LE1F

 Faire du hip-hop depuis les marges, c’est à bien des égards une manière de reprendre les codes du hip-hop depuis la racine et de les remettre aux gouts du jour. C’est l’occasion de redonner aux MC des propos dépassant amplement le périmètre de leurs nombrils, mais également un moyen pour l’artiste de créer de nouveaux horizons soniques. Car ne vous y trompez pas : le rap a grandement évolué depuis ses débuts, cantonné dans les rimes et le verbe de jeunes révoltés de la société et regardé de haut par une élite au profil surfait. Aujourd’hui, il évolue plutôt sous les mêmes cocotiers qu’il enviait si violemment et s’échoue souvent sur les mêmes récifs que sont l’égo-trip, l’argent et le pouvoir.
Mais malgré ce portrait pas toujours très reluisant, le rap s’offre également de nouveaux profils, complètement en accord avec une jeunesse tout autant nourrie par l’eurodance des années 90’s que les plus grands hits de Dre, Snoop, Outkast ou Timbaland. Mieux encore, cette nouvelle manne d’artiste a tendance à monter au créneau avec toutes leurs nuances et autres différences, les exploitants comme autant d’atout et non plus des tares. Que l’artiste soit féru d’esprit punk, qu’il soit une femme, homosexuel ou évoluant loin des codes ghetto-chics, il n’hésite plus à exprimer son originalité. Se positionner à l’écart du patriarcat masculin dominant du hip-hop est non seulement une forme de protestation, mais également une prise de position forte pour les marges.

Le1f – un artiste subversif

Pour un rappeur tenir des propos séditieux est probablement une seconde nature. Mais dans le cas du rappeur New Yorkais Le1f, les éléments séditieux ne sont pas tant dus aux efforts de l’artiste qu’à la réalité de sa personnalité. Homosexuel assumé, booty-shaker invétéré et danseur moderne avéré, Khalif Diouf de son vrai nom, est la quintessence de la subversion.
Depuis ses premiers singles, son flow véloce assené avec une certaine distance lui permet de briller sur toute une panoplie de productions. Que les constructions empruntent des allures trap, shoegaze ou même pop, Le1f est aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau. Placée sous le signe aquatique, la bête navigue entre les beats avec une agilité à faire pâlir d’envie n’importe quelle frégate. D’ailleurs, l’énergumène fait appel à la puissance de frappe de toute une armada et pilonne nos oreilles avec un feu nourri depuis ses débuts avec le titre Soda (avec Boody).


Après avoir mené sa barque avec succès à l’aide de deux EP et une mixtape, Le1f s’élance dans les hauts fonds comme s’ils n’étaient qu’un petit bain. Et justement, mettre les petits plats dans les grands, c’est une chose qu’il sait faire. Du coup avec Riot Boi  le MC met en place un panorama stylistique gigantesque. S’appuyant sur des productions de SOPHIE ou d’un Balam Acab, il exécute des grands écarts mirobolant et fais la jonction entre un style fluide et une musicalité floue. Mais attention en tant que chantre du mouvement Queer Rap, le MC n’hésite pas à faire appel à des sons lourds, presque noise ou à balancer des rimes violentes. D’ailleurs, c’est même tout le concept de Riot Boi : une histoire de subversion, par les propos, le style et le mode de vie.

Retrouvez la Discographie de LE1F juste ici.



Magazine Print TRENDS periodical
La folie des backstages de la tournée A$AP Rocky x Tyler, The Creator