Holybrune : « mettre des mots sur des émotions et des modes »

Holybrune a choisi TRENDS periodical pour nous parler de la sortie de son premier EP Pandemonium. Une belle occasion de s’intéresser à valeur montante de la scène française, entre charme et tourmentes nocturnes.

Bonjour Holybrune, je ne connaissais pas du tout ton univers, il y a une énergie certaine dans ta musique. Mais tu restes très dur à cerner, pourrais-tu dire de ta musique que c’est une melting pot entre la Pop, l’électro et le R’N’B ? 

Holybrune : Carrément et je mettrais plus des influences « chanson » au niveau des textes. Moi c’est plus ça qui m’inspire que le texte ! Plus en mode « variété française ».

Ton nom de scène Holybrune ressemble à un adjectif. Ok, tu es brune, je vois le rapport … mais Holy a une dimension religieuse, sacrée… Est-ce la relation avec la musique ? 

Holybrune : Exactement ça décrit bien ma relation avec la musique. La musique est un peu ma religion et pour moi Holy c’est un peu dans l’ambiance MC comme MC Solaar !

Parlons un peu de ton style, tu es a la fois pure et provoc, douce, mais agressive, peux-tu m’orienter ? 

Holybrune : Je pense que c’est plusieurs facette de ma personnalité que j’arrive à mettre en relief avec la musique. Je suis plutôt quelqu’un de discrète, de calme en général et bien sur, j’ai des moments de folie et la musique ça te permet de te lâcher. 

Un peu comme une émancipation ? 

Holybrune : Exactement ! La musique te permet de te lâcher. C’est comme dans les films, ça te permet de mettre des mots sur des émotions et des modes que tu ne vis pas forcément au quotidien. Pour moi, la musique, c’est ça. C’est fait pour s’évader, pour rêver …Un véritable échappatoire !

Ton dernier EP Pandemonium est sorti après deux ans de silence radio, comment anticipes-tu ce retour ? 

Holybrune : J’ai beaucoup travaillé dans mon coin, je me suis pas mal pris la tête pour savoir ce que je voulais faire exactement. J’avais plein de sons et donc ça se fait un peu naturellement, j’ai trouvé une cohérence dans les sons que j’ai mis dans l’EP et je voulais vraiment partager un mood d’une nuit, d’une ride avec ses démons … Je construis mon projet petit a petit, pour moi le temps que ça a pris, c’est normal. Je vois plus les carrières musicales sur la durée et « step by step » : tu franchis des caps. J’avais déjà passé un cap, celui de me lancer dans la musique… c’était pas spécialement facile pour moi ! Et le prochain cap est la sorti de mon album. J’ai pris le temps de l’assumer pleinement. 

J’ai fais quelques recherches afin de comprendre ce choix de titre : Pandemonium est une capitale imaginaire des enfers mais aussi un mot utilisé pour désigner un lieu ou règnent corruption, chaos, décadence. Pour toi c’est comparable au monde de la Nuit ?

Holybrune : Toutes les tentations, les gens que tu rencontres, l’ivresse, les soirées en boite, j’aime bien être déchirée à 5h du mat (Ahah). Tu as le sentiment de vivre à 100 à l’heure et tu cherches toujours cette adrénaline … Il y a quelque chose de très attirant dans la Nuit. Enfin, j’ai essayé de retranscrire tous ces flashs qui ont inspiré ce titre. 

T’as grandi à Paris ?

Holybrune : Dans l’Oise, mais je suis arrivée à l’âge de 14 ans sur la Capitale. 

Oui, donc parfait timing pour découvrir la vie nocturne parisienne ? 

Holybrune : Oui Oui Oui ! C’est vrai que j’ai commencé à sortir avec mes copines vers 14/15 ans. On avait pas nos cartes d’identité du coup on s’habillait en « grande » …. Bref de très bons souvenirs ! 

Quel accueil a eu ce dernier EP ? 

Holybrune : J’ai eu pas mal d’articles assez cool notamment dans ELLE. J’ai eu des bons retours, mais bon il reste encore pas mal de travaille à faire concernant la promo, mais je reste assez satisfaite. Comme je te l’ai dis pour moi c’est « step by step » et surtout  le principal est d’avoir le sentiment d’avancer. Tant que je n’ai pas l’impression de faire du sur place … 

Quel thème on peut retrouver dans cet EP ? 

Holybrune : La femme « jeune femme sympathique », par rapport à mes expériences et celles des femmes qui m’entourent. Je parle de cette jeune femme qui évolue un peu dans Paris, qui est peut être un peu volage, se laisser aller, se laisser porter mais en même temps sait ce qu’elle veut. Ensuite, la Nuit Noire, c’est assez mélancolique. Pandémonium, l’attirance pour la Nuit. Le Monde est à nous, je l’ai laissé dans l’EP car pour moi il symbolise bien la jeunesse d’aujourd’hui qui se débat avec ce qui se passe dans notre génération. Et le dernier « aucun regret » c’est un peu un mood genre « on reste fort même si ce n’est pas facile ».

Tu participes a l’écriture de tes clips ?

Holybrune : Ah oui ! On brainstorm et hop ! Il y a plein d’idées que je propose et je travaille essentiellement avec mon réal. J’ai besoin de rajouter ma touche car c’est quand même « mon projet ». Je trouve ça super important, et oui il est impératif que je me reconnaisse dans mes clips aussi. Mettre ma musique en image c’est comme réaliser un fantasme !!

Tu présentes ton album à travers plusieurs clips liés entre eux. Assemblés, on obtient un court métrage. Faire du cinéma, c’est dans ta Bucket list ? 

Holybrune : On à fait un court métrage avec un fil conducteur. C’est des mondes liés. Pour le cinéma pas tout de suite je vais d’abord me focus sur la musique mais écoute pourquoi pas …  Après si un jour j’ai une belle proposition … why not !

Quel genre de cinéma tu aimes ? 

Holybrune : Je vais beaucoup au cinéma. Je peux voir des gros block buster comme des films un peu plus « arty ». Récemment j’ai vu Moonlight et j’adore ce genre cinéma. Ou encore les films de Dolan où beaucoup de choses passent par les émotions et beaucoup moins par le texte. J’ai juste un peu de mal avec les comédies françaises.

Quelles marques t’habillent le mieux ? Je me permets de poser cette question car on voit ton penchant pour la mode a travers tes clips ?

Holybrune : Franchement, j’aime bien la mode mais ce n’est pas mon domaine de prédilection. En fait, pour mes clips j’ai beaucoup travaillé avec une amie d’enfance qui est styliste. A chaque fois, on s’est posé, on a fait du sur mesure. Du coup elle me connait et me propose de belles tenues … J’aime bien pour mes visuels faire confiance a une bonne styliste qui a une expertise. 

Toi qui a un Master en marketing est-ce-que tu trouves qu’aujourd’hui on vend un projet, un produit comme on vend un artiste ? 

Holybrune : Oui, je pense. Pour moi il y a des artistes clairement « produit ». Je veux pas lancer la pierre ou quoi… On va pas citer de noms. Pour certains artistes, je vois très bien le truc : il doit avoir un DA derrière lui qui doit lui dire quel type de sons chanter, quel texte et clip faire  … je n’ai pas vraiment d’avis pour ces artistes « produits » du grand public. Par contre les artistes « produits » américain sont mieux fait que les nôtres. Comme Rihanna et Drake, on sait qu’ils ont des ghostwritter mais ils habitent le truc mille fois mieux qu’un artiste français. 

Le fait d’utiliser ton corps, ta féminité à travers des clips assez «sexy» est-ce un combat féministe ?

Holybrune : Moi je ne le vois pas vraiment comme un combat. J’aime bien être à l’aise et je me dis c’est ce que j’ai envie de retranscrire. Pas dans le but « ah oui je vais être grave sexy » mais je me dis plus « ce n’est pas parce que t’es pas modèle que tu peux pas t’habiller comme tu le sens, se sentir sexy et bien ». Tu vois la série Girls ? Moi je suis ultra fan de Lena Dunham l’actrice principale qui a également co-écrit la série, et j’ai trop kiffé, ça c’est une femme sexy !! Et il y a plein de moment où elle est à poil, en maillot, alors qu’elle n’est pas modèle. Franchement je trouve que cette nana est un modèle pour toutes les femmes. 

J’ai découvert tes sons en français même si je te cache pas avoir un faible pour ton album avec Dabeull en anglais. Je trouve que ce style te va très bien mais. As-tu d’autres collaboration en tête ? De nouveaux projets en anglais ? 

Holybrune : J’arrête pas d’y penser car tout le monde me le dit. Je vais pas lâcher l’anglais ça sonne tellement bien (rire). J’attends juste d’avoir les bonnes collabs. 

Le featuring avec Christophe c’est pour quand ?

Holybrune : (rire) Il a sorti un album récemment juste magnifique ! En plus sur cet album il a fait un feutrine avec Orties

Et là, tu t’es dis « pourquoi pas moi ? » 

Holybrune : Bah ouais ! Après je sais qu’Orties à eu un bon buzz. Waouh cette collab underground n’empêche ! Me concernant, je me suis pas trop mise à la recherche de featuring, je voulais d’abord exister par moi-même. 

Qui ramènerais-tu d’entre les morts pour travailler avec ? 

Holybrune : Si on peut fantasmer un peu je répondrai Serge Gainsbourg. 

Quand est-ce-qu’on aura la chance de te voir sur scène ? 

Holybrune : Je me suis fais la main au Carmen et là on est en attente de nouvelles dates mais quoi qu’il arrive ça sera publié sur ma page Facebook.

Merci Holybrune pour cet interview ! 

Holybrune : Merci c’était super agréable ! 

 

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