Disiz La Peste : « J’ai dû me battre pour imposer la direction que je voulais prendre »

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Disiz La Peste revient plus décomplexé que jamais au travers de son nouvel album « Pacifique », un concentré de sonorités éclectiques, qui s’imprègnent des univers riches et variés auxquels s’essaie l’artiste. De la conception, aux collaborations, à sa vision du rap, Disiz se livre, et se délivre. Et c’est à lire, sur TRENDS.

Un projet ambitieux

Cinq jours à peine après la sortie de son onzième album « Pacifique », c’est un Disiz libéré et soulagé que l’on retrouve dans les locaux d’Universal Music pour une entrevue « table ronde ». Le rappeur se confie sur ce qui semble être son disque le plus ambitieux, un album où il se dévoile, se décomplexe, et s’affirme. Après « Rap Machine » sorti en 2015, Disiz quitte sa zone de confort pour emprunter une voie nouvelle, qui vient mêler le rap à l’électro, à la pop et même au zouk. Un choix que l’artiste explique par la volonté d’exprimer ses émotions les plus véritables, au travers d’un style qui transgresse les codes enracinés du rap game.

Je voulais illustrer des émotions de la manière la plus pure et la plus sincère sans me poser de questions, tout en étant le plus transparent et le plus véridique possible. On a l’impression qu’il y a pleins de styles différents, alors qu’avec ma connaissance de la musique, tout ce que j’ai étudié, car je suis un étudiant en ce domaine, ce sont les journalistes et l’industrie qui les imposent, mais les artistes ne s’imposent pas de style.

Sensible et vulnérable Disiz se laisse aller aux rythmes de ses émois qu’il met en mot et en musique, sur des instru’ fortes qui font varier les tempos, les effets, pour un rendu époustouflant. Il aborde les maux et les joies de la vie, avec toujours en écho une pointe de mélancolie. S’il s’affirme plus vrai que nature, et traverse les frontières qui le séparent d’un genre musical à un autre, Disiz aime également à rappeler qu’il peut montrer les crocs, et kicker comme personne sur le son « Meulé Meulé ». Ses prod’ rodées et retravaillées sans cesse attestent de la volonté de l’artiste de livrer un album unique, voguant librement sur le Pacifique, à la recherche de nouveaux horizons.

Des collaborations hétéroclites

Et ces horizons le rappeur ne les gagne pas seul. Disiz vient en effet s’armer aux côtés de Paul Van Haver, a.k.a Stromae, le génie qui compose les prod’ de « Splash » et « Compliqué ». Le producteur belge apporte une dimension dansante, presque envoûtante à l’album rendue parfaite par les lourdes phases signées Disiz. En plus d’occuper le statut de maître de la chanson electro, Stromae a été l’un des premiers soutiens du projet neuf et innovant du rappeur, dans des moments où d’autres lui ont tourné le dos.

Stromae je l’ai vu l’été dernier, ça faisait un an que je bossais sur l’album, je lui avais fait écouter quelques titres, et il m’a vraiment encouragé. Il m’a dit « Franchement la direction que tu prends elle est super, j’aime bien les mélodies et la façon dont tu chantes ». Alors que le plus gros défi pour moi au départ c’était de chanter. Quand t’es habitué à rapper et que tu chantes t’es plus vulnérable, tu te mets à nu en fait. Sur « Splash » il m’a dit « j’aime bien mais les couplets c’est pas ouf », je lui ai dit mais t’es un fou toi j’aime trop ! Et il m’a répondu, « Ah si t’aimes alors, si toi tu le sens c’est là que c’est bien », et c’est là où il a la classe Stromae, car il aurait pu me dire « Non je connais mieux que toi etc. » et non au contraire. 

Et c’est à croire que Disiz a voulu rendre hommage à la Belgique en invitant un second artiste belge à s’envoler pour le Pacifique, Hamza, que l’on retrouve sur le titre « Marquise ». D’autres rumeurs qui prennent vie placent également Damso, un autre fer de lance du rap belge, aux côtés du rappeur pour une collaboration à venir. Ces nouveaux noms du rap français viennent ainsi se greffer à l’univers haut en couleurs de Disiz, finalement décidé à s’émanciper des diktats de l’industrie musicale.

Une prise de risque 

L’artiste exprime néanmoins son regret face à un monde qui veut imposer ses codes à chacun au détriment d’une liberté artistique qu’il cherche à acquérir dans « Pacifique ». Conscient du risque pris au travers de cet album qui franchit les barrières musicales, Disiz revient sûr de lui et de son projet, et ne manque pas de l’affirmer.

J’ai toujours eu envie de me tourner vers la pop, et de chanter, dès mon premier album mais j’ai longtemps eu du mal à imposer cette envie car c’est toujours plus facile de livrer un rappeur là où on l’attend finalement, quand il correspond à un certain cahier des charges, et ce cahier des charges il ne me convient pas. Je n’aime pas la façon dont on a cantonné le rap en France, donc plutôt que d’être négatif je préfère faire la musique que j’aime. On pourrait me catégoriser de rappeur si on avait une vision large du rap, ça ne me dérangerait pas. Mais en France, on a une vision arrêtée du rap, là où on ne l’a pas aux Etats-Unis.

Il encourage également les jeunes à s’affranchir des coutumes parfois trop contraignantes du rap game, et prône une société qui laissera à chacun la chance de choisir sa propre voie, et voix.

Passez comme nous « Pacifique » en boucle, et réjouissez-vous car le rappeur sera à retrouver à l’Olympia le 6 Décembre, pour un concert qui s’annonce aussi phénoménal que le onzième opus de la carrière du grand Disiz La Peste.



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