Damso pour TRENDS : « Rap français, dans deux, trois ans… Faudra faire gaffe hein! « 

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Dans le cadre de sa promotion, Trends Periodical est allé à la rencontre de Damso, protégé de Booba et jeune pousse du rap bruxellois qui fait  actuellement un carton auprès de toute une génération. Des paroles hardcores et un premier album que certains médias comparent à « Or Noir » de Kaaris… Avec Damso nous nous sommes posés pour parler Jazz, Mylène Farmer, Agnès Obel, lyrics… et Skyrock.

TRENDS – Tu viens de vivre la sortie de ton premier album, ton premier bébé solo, généralement c’est un gros évènement, comment est-ce que tu as vécu tout ça ? Comment tu te sens aujourd’hui après la tornade ?

Damso – Franchement  je ne le sens pas trop. Je suis trop studio, donc j’ai pas le temps de vivre le truc. Mais c’est quand je suis concert, pendant des shows, que je prend la température.

C’est ce que tu préfères?

D – Ouais je kiff. Surtout quand les gens répètent les paroles et que je sens que ça sort des tripes vous voyez ? Mais sinon je suis tout le temps en studio donc je vois même pas la différence.

Je suis entre l’insulte et la tchatche

On a écouté l’album, et on trouve que tu as une plume très poétique, c’est très rythmé, et à l’intérieur tu as des paroles assez violentes et parfois assez hardcores. Justement c’est un équilibre assez  intéressant à écouter. Est ce que toi t’es comme ça dans la vie ? Tu es très propre sur toi, dans tes clips, et du coup peut-être plus tiraillé de l’intérieur…

D – Ouais peut-être bien je crois, il y a beaucoup de choses que j’évacue. Je ne parle pas beaucoup donc je m’exprime en musique. C’est plus simple. C’est pour ça que c’est un peu bizarre parfois, je peux passer du coq à l’âne.

C’est une volonté ?

D – Non franchement, j’écris comme je vis. Je suis un peu lunatique de base donc je peux vite monter crescendo. Un ascenseur émotionnel quoi. Je suis entre l’insulte et la tchatche.

Et le poétique aussi.

D –  Ouais et le poétique.

Il y a une punchline qu’on a retenu c’est « le rap français k.o en un seul feat ». Du coup selon toi aujourd’hui qu’est ce que tu penses de la scène rap française?

D –  (rires) Ouais c’est pas mal, il y a des bons trucs. Mais voilà c’était arrogant parce qu’il faut être le premier, donc je viens avec un gros truc… J’aime bien ce qui se fait mais je n’écoute pas beaucoup de rap donc je ne serais pas vraiment vous dire ce qui est bien ou ce qui ne l’est pas. Mais de ce que j’entends c’est pas mal.

T’écoutes pas beaucoup de rap ? Qu’est ce que tu écoutes comme musique du coup ?

D – Du Jazz, beaucoup de jazz, vraiment que ça en fait.

Et c’est quoi tes références justement là dedans ?

D – Charlie Parker, Miles Davis, toute cette bande en général.

C’est des influences que tu aurais envie de retrouver un petit peu dans ton album ?

D – Je vous avoue que j’y vais tellement au feeling que ça ne m’intéresse pas de chercher un truc et de le mettre là bas. Si j’aime bien un morceau et qu’il y a ces influences là, je le fais, si il n’y a pas, il n’y a pas. Je ne cherche rien, c’est vraiment comme ça. Comme une peinture.

Mylène Farmer a un truc en fait, un univers propre à elle, c’est une grande artiste

T’as fait le choix dans ton album de ne mettre aucun feat, aucun invité…

D – Ouais il y en a un dans le bonus, mais sinon il n’y en a pas.

C’était un choix personnel ?

D – Ouais c’était un bon choix.  J’arrive dans le game, ça ne sert à rien de commencer à faire des featurings avec des mecs connus… finalement j’ai trop à dire, j’écris trop. Donc je ne me vois pas faire de feats.

Et si un jour t’avais envie de te lancer dans un featuring avec quelqu’un…

D – Ça serait Mylène Farmer.

Mylène Farmer?

D – Ah ouais.

Pourquoi?

D – Elle a un truc en fait, un univers propre à elle, c’est une grande artiste. Je sais que tu peux mettre d’autres personnes sur la même production, ça ne serait pas la même chose. Elle apporte quelque chose, j’aime vraiment bien.

On a aussi entendu parlé  d’un probable featuring avec Shay?

D – Ouais on avait taffé ensemble, mais on va se revoir parce qu’on peut faire encore mieux. je ne m’arrête pas à un featuring. Si  on peut faire mieux, on fait mieux.

Justement, très loin de cet univers hardcore du rap, t’as samplé une chanson d’une artiste danoise…

D – Agnès Obel.

Exactement,  c’est assez éloigné de ton univers à la base, mais tu lui fais une bonne référence et une bonne dédicace dans ton morceau « exutoire ».

D – Ah non mais j’aime beaucoup ce qu’elle fait… En fait c’est parce que je l’écoutais dans des périodes assez sombres de ma vie, tout son album en vrai, et il est grandiose. C’est vraiment une artiste… Elle aussi j’aimerais bien faire un feat avec.

Ouais ça pourrait t’intéresser ce genre de confrontation entre les deux univers ? Parce que c’est vrai que lorsqu’on écoute les paroles de la musique et la mélodie qu’il y a derrière, tu vois, ça fait quelque chose de très beau en soit.

D – Je pense qu’il y a moyen d’allier les deux. Son piano avec son violon, enfin elle est extraordinaire.

J’écris tellement de trucs, même de la pop

Tes musiques elles sont un peu à prendre comme une poupée russe, je sais pas si tu vois ce que je veux dire ?

D – Ouais je vois (rires)

On voit l’extérieur, le rap le trash, les insultes, le côté Ghetto, ensuite si on prend un peu de recul on se rend compte que t’as pas mal de références historiques, culturelles. Est ce que tu peux nous parler de tout ça, de ta manière de construire un son?

D – J’aime bien la métaphore que vous avez utilisé (rires). La manière de construire un son, c’est dans le blackberry en fait. J’ai beaucoup d’annotations. J’ai des punchlines, j’ai des mots de vocabulaires que j’utilise peu, les titres aussi. Quand je commence un son en général je vais chercher un titre, et ensuite je vais voir la vraie définition du terme. Si on prend « exutoire » par exemple, on comprend comme ça, mais je veux vraiment aller dans le fond des choses. C’est à partir de ça que je trouve l’inspiration et que je commence à écrire.

Et écrire autre chose que du rap ça t’intéresserait toi justement?

D – Bah j’écris beaucoup, j’ai déjà écris pas mal de trucs mais j’ai pas mis ça dans le projet parce que ça n’allait pas mais j’écris tellement de trucs, même de la pop donc ouais.

Et écrire des livres un  jour?

D – Vu les auteurs que j’ai lu quand même, je ne pense pas avoir le talent. Je n’y arriverais pas… peut-être un livre de cinquante pages ouais, mais un livre de trois cent pages… je suis pas assez mature, pas encore.

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Mais c’est un projet que tu pourrais envisager?

D – Ouais franchement. Si j’suis bon en littérature, surtout si j’apprends les codes en fait. Parce que écrire un livre ce n’est pas comme écrire un son, donc si jamais je prends le temps d’étudier un peu plus la littérature, ouais je pense que je pourrais… avec quelques fautes d’orthographes (rires).

Après il y a toujours quelqu’un pour corriger derrière. A partir du moment où il y a le talent de la plume, je pense que tu peux amener quelqu’un à découvrir une histoire…

D – Co-écrire peut-être, écrire tout un livre je sais pas, c’est chaud quand même.

Rapper c’était pas comme il y a vingt ans, on avait pas la visibilité. Maintenant qu’on la, on va pas la lâcher

T’as grandi en République Démocratique du Congo, ensuite tu es parti vivre à Bruxelles… La scène rap en ce moment en Belgique nous on a  l’impression qu’elle commence à peser pas mal. Tu aurais deux trois artistes à nous conseiller?

D – J’crois bien que là dans deux trois ans… Faudra faire gaffe hein! Là je vais faire une mixtape avec tous les artistes que j’aime bien donc y a Hamza, Caballero, O.P.G, y a tellement de gens, j’suis perdu, il y en a trop!

Tu trouves la scène rap bruxelloise meilleure que la scène parisienne?

D – Pas meilleure mais il y a un second souffle en fait. Comme on a jamais entendu ça et vu qu’il y a beaucoup de beatmakers, de producteurs… c’est ça qui ramène un nouveau vent. La différence là c’est que ça vient vraiment d’ailleurs donc ça ne peut que faire du bien.

Qu’est ce qui donne ce nouveau souffle justement à la scène bruxelloise?

D – On en a trop chié, on a galéré. Rapper c’était pas comme il y a vingt ans, on avait pas la visibilité. Maintenant qu’on l’a, on ne va pas la léâher, faut être sur que ça va chier (rires).

De toutes façons la scène c’est ce qui te plait le plus ? T’es pas stressé avant de monter sur scène ?

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D – Ouais j’aime bien. Non même pas stressé.

Tu as des petits rituels?

Damso: Avant de monter sur scène à Bercy j’écoutais Agnès Obel.

 il n’y a rien de mieux qu’une musique qui parle sans que l’on fasse trop de bruits derrière

Il y a deux punchlines qui nous ont marqué: « liberté d’expression est plus traquée que censure, humoriste traqué par CRS » et ensuite « ferme ta gueule journal télévisé, le monde entier se fait daechiser« . T’as l’air d’avoir un point de vu assez arrêté par rapport aux médias, à notre corps de métier qu’est le journalisme…

D – En fait les médias je les aime jusqu’à un certain point. C’est eux qui t’élèvent et qui te descendent et après ils te rappellent pour expliquer comment on t’a descendu. C’est un peu ça parfois qui me dégoutte. Dans mon sens il y a des stars élevées grâce aux médias  et puis on cherche la petite bête justement pour qu’elles explosent. Ça  va se vendre dans les journaux et quand ça a pété on cherche une interview pour que la personne en question puisse s’excuser et dire pourquoi ça s’est passé etc. Je trouve ce processus un peu malsain.

Et puis c’est un processus dans lequel tu n’as pas envie d’entrer non ?

D – Non c’est pas mon truc ça.

Nous on trouve qu’il y a un truc qui te va bien justement c’est que tu gardes énormément les pieds sur terre vis à vis de tout buzz qu’il peut y avoir autour de toi en ce moment et d’ailleurs c’est tout à ton honneur. Il y a une punchline qui est pas mal à ce propos « travail en silence et laisse le succès faire le bruit pour toi« 

D – C’est mieux de se taire en fait. Ça ne sert à rien de gueuler partout. Et puis on est tout le temps en studio donc on a pas le temps. J’ai pas le temps de voir qui est quoi.

Ni de partir justement à la recherche de journalistes, de promoteurs ?

D – Non, j’pense que si ça parle, ça parle. Bien sur on a besoin des journaux, mais il n’y a rien de mieux qu’une musique qui parle sans qu’on fasse trop de bruits derrière.

A partir du moment où t’as du relais sans même l’avoir demandé, c’est que généralement ton son marche. C’est ça que l’on appelle le succès ? 

D – Ouais je pense.

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En parlant de buzz un petit peu… Il s’est passé quoi avec Fred de Sky ?

D – C’est très simple en fait (rires). A la base je ne savais pas qu’ils ne me passaient pas en radio.  Et donc j’ai préparé mon Planète Rap, j’avais beaucoup d’exclusivités. J’estime que si je viens, je passe du temps, j’écris des textes, c’est du travail. Et au final à côté de ça mes sons ne sont même pas diffusés. Je ne vois pas pourquoi je devrais venir. C’est une insulte parce qu’on taff vraiment. Avec Générations je suis venu j’ai fait une exclu et on me fait passer en radio. Maintenant je ne demande pas à ce que mes titres tournent comme Maitre Gims. Je ne fais pas de la variété, ce n’est pas la même cible, mais au moins passer à une heure tardive, je sais pas, qu’on m’écoute un peu quoi. Donc on ne me passait pas j’ai dit que je ne passerais pas non plus. Mais si on me passe, je passerais. J’ai rien contre.

Je peux écouter vingt fois la même prod, ouais j’suis très chiant

Pour terminer, est ce que tu aurais une phrase pour te décrire à nos lecteurs?

D – Wah, franchement : chieur. Je suis un gros chieur. Ouais ouais, ça me décrit bien.

Chieur ? Dans le mauvais sens du terme on imagine?

D – Ah ça je ne sais pas, il faut demander à mon ingé (rires). Je suis très chiant quand je fais de la musique. Je reviens sur chaque trucs donc parfois ça dérange.

T’es pointilleux sur tout?

D – Je peux écouter vingt fois la même prod, ouais j’suis très chiant.

C’est être perfectionniste aussi.

D – On va dire ça comme ça, même si je préfère dire chieur c’est moins hautain.

Et du coup tu conseillerais aux lecteurs de…

D – M’écouter, de me suivre, ça serait cool ! Je sais pas pour eux mais moi j’aimerais bien !

L’album de Damso est disponible sur Itunes, la Fnac, et les plateformes de streaming.

Propos recueillis par Sarah Taibi.

Remerciements : Maël Chaumier.

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