Chronique – Les Scarifications d’Abd Al Malik

Abd Al Malik revient pour un 5 ème album solo, accompagné de Laurent Garnier, autre monstre sacré du paysage sonore français.

Scarifications, c’est le nom d’un album bien plus qu’expérimental, car novateur dans sa fonction. L’alliage de l’électro brute de Garnier et des mots subtilement liés d’Abd Al Malik donne lieu à une effervescence sans précédent, plaisante et riche de sens. Les mots sont justes, la pensée est pure. L’artiste se veut conquérant mais critique, sincère, sensible, concerné par des problèmes sociaux trop graves et présents d’une société française tourmentée dans l’interrogation perpetuelle.

« Qui suis-je ? Où vais-je ? Que n’ai-je ? »

Il est utile de rappeler que la carrière de l’enfant blessé du Neuhoff n’est pas seulement faite de slam, discipline qui lui permit d’accéder à la popularité et à la crédibilité auprès des médias et d’une frange sociale jusqu’alors inaccessible. Si le slam était un tremplin, un exhutoire en proses délicates et viscéralement engagées, le rap est lui un art fédérateur qui rassemble et éduque par le rythme et le sens.

Alors qu’aujourd’hui la tendance du rap est à la violence et à la déraison, une personne réfléchie et modeste s’érige pour combattre les pensées ostracisantes et clamer l’amour et la paix, la fusion des cultures, la dégénéralisation des généralités, l’officialisation d’une trêve.

« L’offense n’est jamais celle que l’on pense / Ne décrétèrent-ils pas qu’on était laids dès l’enfance ?
Mais que disent donc les apparences ? Plus de ressemblances, que de différences.
D’où l’objet de ma déférence, tellement d’illustres engendrés par la France
Moi j’suis né dans la Haine comme au cinéma. L’amour est la seule guerre que je mène, moi »

L’idée est d’élever les consciences et de civiliser les pensées, d’ouvrir l’autre vers l’optimisme et l’espérance, comme dans le morceau A Contretemps dont le refrain scandé par Mattéo Falkone dévoile un discours trop rarement entendu dans le rap de 2015.

Si musicalement l’ensemble est plus difficilement accessible qu’autrefois, le flow est cependant mieux irrigué, moins spécial qu’à l’époque d’NAP ( le groupe de rap Abd Al Malik ) et plus moderne. Laurent Garnier, géant de l’électro, surprend avec des beats très hip hop aux sonorités bien choisies, pas toujours écoutées avec plaisir, mais qui amènent une notion interessante, celle qui dit que pour marquer les esprits et faire ressortir le sens, il faut peut être forcer l’auditeur à sortir de son confort d’écoute pour mieux apprécier l’issue finale des rimes du poète. Aussi, la voix de Wallen que l’on retrouve par trois fois ( dans Jamais Je T’Aime, Tout de Noir Vêtu et Redskin ) est un véritable plaisir.

« C’est pas la rue qui te bloque, c’est pas l’œil qui te bloque,
C’est pas l’envie qui te bloque, pas l’argent qui te bloque,
C’est pas l’Etat qui te bloque, c’est pas les profs qui te bloquent,
C’est pas le temps qui te bloque, c’est toi-même qui te bloque »

Au-delà de l’album, les clips à l’esthétique sombre et manipulée ont la faculté de dire beaucoup, d’apporter une esthétique neuve, pour conclure en beauté un beau retour au rap pour un 5 ème album halluciné, écrit le coeur à vif et les pieds sur terre.

Scarifications d’Abd Al Malik est d’ores et déjà disponible sur Itunes  & tout les bons revendeurs de disques.

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