Chronique – Booba, Nero Nemesis : Content de vous revoir, B2O

Tout le monde attendait son album avec impatience, et beaucoup commençaient à douter du virage artistique de Booba. Boss du Rap Game et Duc de Boulogne, Elie Yaffa est depuis 20 ans l’homme le plus adulé et le plus detesté de l’univers Rap Français

Ultra prolifique, ultra médiatique, Booba est une machine à cash ( à clash aussi ) et l’influenceur numéro 1 du rap en France. Amoureux de l’auto-tune depuis peut-être un peu trop longtemps et mis pour la première fois en difficulté par les rappeurs de la génération internet, Gradur ou Jul en tête, notre rappeur du 92 se devait de proposer un album convaincant, puissant et agressif comme le rugissement du lion qui cherche à garder son territoire, celui là même que l’on retrouve sur la pochette de Nero Nemesis.

Si D.U.C avait divisé les foules et éliminé pour certains Booba du circuit de la musique et de la street crédibilité, son nouvel album est là pour sonner la cloche de la réconciliation avec son public. Exit les voix trafiquées à outrance ou la Trap sombre de monsieur-tout-le-monde. Ici, la voix est railleuse, violente, les textes sont forts et prenants, les flows sans cesse renouvelés  ( on retrouve vraiment le Booba des albums précédents, dans ses double sens et ses punchlines aiguisées ) et les prod’ sont pour la plupart de véritables bijoux.

Car oui, l‘influence américaine a du bon sur Booba. Installé à Miami, ce dernier s’assure a la fois le confort des plages de Floride et une avance considérable en terme de mode et d’évolution musicale. Car depuis toujours, le rap français calque et redéfinit les sonorités US, à quelques exceptions près. Ainsi, Nero Nemesis provoque l’étonnement, la joie surtout, celle d’écouter de nouvelles sonorités, des prises de risques, des originalités et de vrais couplets maîtrisés et techniques comme sur Génération Assassin ou le morceau Comme les Autres.

Fort des découvertes révélées par son site OKLM, Booba s’est également constitué une toute nouvelle équipe et un gang, le 92i, qui reprend une véritable consistance à l’heure des Sheguey Squaad, NéoChrome et autres structures talentueuses. On retrouve ainsi le cogneur Benash ou le codeïné Siboy sur le titre Zer, son utra-violent gorgé d’égo, ou Damso et Gato sur Pinocchio produit par Richie Beats. Aussi, les français de Twinsmatic ont une fois de plus collaborés pour un son fleur bleu au possible. Car si l’ensemble se veut violent et conquérant, Booba n’oublie jamais la gente féminine ou les gangsters fragiles qui écoutent ses morceaux.

Conclusion : punchlines puissantes, productions quali et innovantes, ambiance maîtrisée… Impossible de dire si Booba gagnera la guerre des ventes contre la concurrence, mais force est de constater que le Boss est de retour, plus hargneux et vilain que jamais, armé d’une fan base à toute épreuve, d’une communication bien menée et d’une réputation qui n’est plus à faire. On retrouve enfin celui qui s’était perdu dans la facilité et le confort, bousculé par des rappeurs affamés et des codes rap en perpétuel mouvement.

Content de vous revoir, B2O.

Nero Nemesis est disponible depuis le 04 Décembre 2015 sur Itunes et chez tout les bons revendeurs



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