Breakbot & Irfane pour TRENDS :  » Justice et Cassius sortent un album dans les mois à venir ! « 

C’est avant l’un de leurs concerts que TRENDS est allé rencontrer Breakbot et Irfane pour parler de leur nouvel album et profiter de leur culture comme de leur géniale vision musicale et artistique. Après l’incroyable succès de leur album  » By Your Sides  » et des titres solaires que sont  » Baby I’m Yours  » ou  » One Out Of Two « , les deux artistes et amis ont sortis, le 5 février 2016, l’album Still Waters. Un projet feel-good aussi heureux que mélancolique réalisé entre proches. Mélange d’une musicalité douce et entraînante que le Dj/Producteur d’Ed Banger et le chanteur savent si bien vivre, ce 13 titres est une vraie réussite.

Plus qu’une rencontre, cette entrevue a été l’occasion de discuter de l’actualité de Justice et Cassius, de l’état d’esprit de l’écurie Ed Banger jusqu’au processus créatif de Breakbot et Irfane en passant par leurs projets et leurs rêves. Ou comment deux artistes accomplis continuent d’entreprendre et de penser un avenir rempli d’idées nouvelles.

TRENDS – Breakbot, Irfane, pouvez vous vous présenter en quelques mots ?

Breakbot : Nous sommes Breakbot et Irfane, on a 34 ans. On fait de la musique depuis très longtemps.
Irfane : Célibataire pour Thibaut ( Breakbot ) et en couple pour Irfane !

Breakbot, je t’ai connu à l’époque des remix de PNAU, Data, Justice… C’était déjà une musique très solaire, très feel good. Tu n’as jamais envie de composer une musique sombre ?

Breakbot : J’ai fait des choses plus sombres dans ma discographie, comme par exemple le remix de The Sweeze, ou bien Para One, Startripper. Il y’a des choses plus deep… 2Good4Me aussi par exemple.
Irfane : Après, je pense qu’on a pour beaucoup l’envie et le droit d’être heureux. C’est par le biais d’une musique solaire qu’on s’octroie ce droit et qu’on essaie de le transmettre !

Chez Ed Banger, les sonorités étaient surtout trash, très noires, tu as amené pas mal de douceur et un son très amoureux et sucré au sein du label. Par la suite, on a pu entendre des dj’s du label s’adoucir complètement, je pense a Sebastian et Embody, ou Cassius et leur I <3 So repris par Jay Z. Penses tu avoir ouvert le label a une musique plus apaisée ?

Breakbot : Je pense que je ne les ai certainement pas ouverts à ça, mais c’est sûr que j’ai accompagné cette évolution du label. A l’époque Mickey Moonlight aussi avait été signé… De toute façon, je pense que c’est une évolution logique de la musique. Les gens à l’époque saturaient de la saturation…
Irfane : Saturer de la saturation, c’est bon ça !

Il y a dans le label et des Dj comme Cassius ou Justice…

Irfane : Ils sortent d’ailleurs des albums dans les mois à venir !

Vous pouvez nous en parler un peu ?

Irfane : Malheureusement on n’a pas entendu grand-chose de l’album de Cassius, par contre on a entendu quelques bribes de Justice, et c’est toujours aussi impressionnant ! Ils arrivent à se renouveler tout en ayant leur son, en faisant des choses qui sont mieux que ce qu’on à déjà entendu, c’est assez épatant surtout quand on écoute avec des oreilles de producteurs et qu’on se rend compte de la qualité du travail.

Et là ça continue, ils sont sur une pente ascendante, ils continuent de gravir des échelons et c’est hyper inspirant.
Pour en revenir à ce que tu disais, c’est super stimulant d’avoir cet entourage, d’être aux côtés de gens dont on admire le travail. Ca pousse à donner le meilleur de soi-même et à ne rien lâcher jusqu’à ce qu’on soit totalement satisfaits. Au-delà de ça, on a une scène parisienne très familiale, très liée, avec des groupes de potes…

Comme les gars de Bromance, par exemple.

Irfane : Exactement. Ce genre de personnes qui sont des potes et qui permettent de créer une émulation très positive, je pense.

Et qu’est ce que vous pensez de ce terme, French Touch, qui vise à définir un style de musique « français » dans l’électro ? Est-ce que c’est une fabulation, ou au contraire quelque chose de définissable ?

Irfane : Pour moi, c’est plutôt un terme qui fait référence à ce qu’il s’est passé à la fin des années 1990 avec les originaux qu’étaient Etienne de Crécy ou Daft Punk qui avaient eu cette idée de récréer un peu la house de Chicago avec des samples et une production qui était hyper raffinée, avec des grosses basses funky…
Breakbot : Mais force est de constater que certains vont parler de ça quand d’autres vont parler d’autres choses en évoquant Justice, Surkin… Chacun à sa vision du truc… Pour moi c’est un terme journalistique qui fait bien sur les papiers et les blogs mais qui ne définit pas grand-chose. C’est une catégorie un peu fourre-tout qui, comme beaucoup de genres, ne définit pas un son particulier.
Irfane : C’était un peu le terme générique sur lequel on mettait tous les producteurs électro français alors qu’ils étaient tous hyper différents…
Breakbot : Entre Krazy Baldhead, Feadz, Cassius, Daft Punk, Brodinski, Gesaffelstein et Breakbot…. Il y a à boire et à manger !

Votre très bon nouvel album  Still Waters rend heureux. Quelles émotions souhaitez vous rendre à ceux qui écoutent votre musique  ?

Breakbot : Du bonheur justement ! On voit la musique comme quelque chose de libérateur, on a plutôt envie de réconforter les gens.
Irfane : Avant même de faire de la musique de manière « professionnelle », on a toujours eu cet état d’esprit Thibaut et moi. C’est un hobbie, un échappatoire. Donc si on arrive à recréer ça et à permettre à un tas de gens de s’éclater et d’oublier leurs soucis durant le temps d’un show c’est mission accomplie !

Dans votre nouvel album, on retrouve évidemment ta voix, Irfane, mais également celle de ta copine Sarah. Il y’a également Yasmine. Quelles sonorités vous touchent dans les voix, suscitent votre émotion, en général ?

Breakbot : Pour ce qui est de Yasmine, elle avait une voix très juste. Donc au départ c’est justement cette justesse qui m’a séduit, tout comme ce truc très très soul à l’ancienne, qui me rappelait Janet Jackson et ce genre d’artistes. C’est un mélange de fragilité et de puissance qui est assez intéressant et qu’on retrouve aussi chez Irfane d’ailleurs. Ce sont des voix qui portent quelque chose de très mélancolique… et à mon sens, chaque chanson joyeuse est toujours teintée d’un peu de ça. C’est cette chose où le sentiment n’est pas toujours clair qui me fascine, quand il y a un petit peu de mélange.

Comment se passe le processus de création lorsque tu composes une musique ? De la pulsion créatrice jusqu’au morceau final ?

Breakbot : Il n’y a pas vraiment de méthode, et c’est ça qui est excitant ! On est passé par plein de processus différents. Parfois Irfane commence avec une idée, parfois c’est moi… On travaille pas mal la production sur Ableton et sur cet album on a fini la production avec mon frère et tout ses synthés. Il nous a beaucoup aidés pour mixer le disque et remplacer les sons qui ne nous plaisaient pas par des vrais sons.
Irfane : Ouais. C’était vraiment l’homme de l’ombre, et un acteur essentiel de l’album qui a permis de lui donner toute cette cohérence, cette cohésion. On est arrivé au départ avec une dizaine de morceaux et il a su englober le son pour en faire un bel album, tout en respectant la vision que Thibaut et moi avions. On voulait faire un album un peu plus organique en piochant plus dans du vieux matos pour éviter un fini trop digital.

Vous étiez tous très complémentaires…

Irfane : Oui, et puis je pense que Thibaut avait envie de travailler avec son frère et que l’occasion s’est présentée. On a fait un test d’abord avec un premier morceau qui s’était super bien passé.
Pour être honnête, la chose géniale de tout ce processus créatif c’est qu’on a jamais rien eu à faire de forcé. De la rencontre de Yasmine jusqu’à la participation avec Sarah, de notre collaboration à la participation avec David ( le frère de Breakbot ), tout s’est fait de manière hyper instinctive.
Breakbot : Et au-delà de ça, c’était quelque chose de très familial surtout. Irfane travaille avec sa meuf, moi avec mon frère…
Irfane : Et si tu veux, d’une certaine manière, c’est l’esprit de l’écurie Ed Banger. Quelque chose d’hyper familial, sans calculs.

Vos clips aussi sont très recherchés. Je pense au clip très cinématographique de One Out Of Two, comme au clip fait de couleurs et de mouvements de Baby I’m Yours. En règle générale il y ‘a toujours eu une énorme direction artistique chez Ed Banger. Est ce que vous travaillez directement avec les réals ? Vous participez aux idées ?

Breakbot : Oui, j’ai participé activement au clip de Baby I’m Yours réalisé par Irina Dakiva, qui était ma petite amie à l’époque. Pour les autres cas, je laisse plutôt libre cours au réal et à ses idées. On reçoit les traitements, on demande à des gens de pitcher.
Irfane : Chaque réalisateur nous propose une manière d’illustrer le clip, et on s’arrête sur une idée qui nous plaît à tous les deux. Le clip d’Irina est pour moi l’un des plus beaux clips que j’ai vu de ma vie. Pour le reste, Dent de Cuir ( le réalisateur du clip Get Lost ) a la grande qualité de très bien illustrer les propos de la chanson. On fait a chaque fois un pari, mais on laisse libre cours aux réalisateurs qu’on a choisis.

Votre musique comme vos clips appellent aussi à l’évasion, au voyage, au lâcher prise.  Vous vous  voyez  où dans dix ans ?

Breakbot : J’espère qu’on aura la chance de continuer à faire de la musique et d’en vivre.
Irfane : Oui, ce serait une chance inouïe !
Breakbot : Avoir la chance de continuer à voyager aussi. Je pense qu’on a tous les deux très envie de continuer à progresser dans ce qu’on fait. On a très envie de construire un projet de comédie musicale, de films où on aurait le contrôle de l’histoire, des personnages, de la réalisation comme de la musique. C’est quelque chose qui me tient à cœur et j’aimerais que d’ici dix ans ça se mette en place, ce serait une bonne chose.
Irfane : Ce serait fou !
Breakbot : Peut-être en animation, peut-être en film… peut-être un mélange des deux…

Et faire une bande son de film ?

Irfane : Ce serait génial aussi.
Breakbot : Ouais, on aimerait bien faire des choses qu’on a jamais fait. Travailler avec des artistes qu’on aime bien, produire des new comers, des chanteurs et des gens pas encore connus.
Irfane : On est en train de construire un studio, j’aimerais bien que ce soit un endroit rempli d’énergies positives, qui nous permettra de mener à bien des projets divers et variés.

L’ambiance en studio, justement, c’est une ambiance de travail ou du pur plaisir ?

Breakbot : C’est ça qui est intéressant avec ce métier. On ne peut pas séparer vraiment les deux, c’est en s’amusant qu’on fait les meilleurs morceaux.

Et en tant que Dj et producteur tu joues en permanence à travers le monde. Comment votre public a-t-il évolué ?

Irfane : Nous on devient plus vieux déjà ! (rire)
Breakbot : Et puis on a les cernes qui se creusent au fur et à mesure des nuits passées en club !

On a la chance d’avoir un public assez varié, puisque je pense que notre musique est plutôt accessible. On a pas besoin d’avoir fait Harvard pour comprendre ce qu’Irfane veut raconter dans ses disques. ( rire )
Irfane : Plus sérieusement, on a la chance d’avoir un public international, ce qui est déjà incroyable ! On est des superstars nulle part, mais par contre on a la chance de pouvoir défendre notre musique partout dans le monde. Rien que ça, pour nous, en tant que troubadours, ça nous permet de voir du pays et nous fournit énormément d’inspiration. Ca nous permet de nous échapper et c’est exactement ce qu’on essaie de créer dans notre musique.

Maintenant, tu sais évidemment que les gens t’attendent sur scène. Comment a évolué votre manière d’aborder la scène ?

Irfane : Notre manière d’aborder la scène a beaucoup évolué. On a beaucoup retravaillé notre manière d’occuper et d’habiller la scène et on a quelque chose de beaucoup plus humain maintenant. Ca a été un gros travail de préparation en amont, avec des choix scénographiques longs à mettre en place pour refléter au mieux la musique. On a besoin de challenge, et l’un comme l’autre, on aime faire des choses et en être fiers. Ca fait partie d’une évolution personnelle et musicale.

Qu’est ce qu’on peux vous souhaiter pour 2016 ?

Breakbot : Que la tournée se passe bien, qu’on puisse remplir les salles…
Irfane : La santé, le bonheur, vivre de belles choses.
Breakbot : Et une bonne pipe après le concert !
Irfane : Voilà. Le mot de la fin !

Merci Breakbot et Irfane !

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