Take A Mic : « La musique c’est ce que je fais tous les jours, si je ne fais pas ça je fais quoi ? »

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Take A Mic est venu rendre visite à TRENDS periodical pour parler de son dernier EP « Boîte Noire » sorti en Avril dernier. Le rappeur d’Orly nous décrit son parcours, parle de ses projets et bien sûr de mode, tout ça rien que pour vous. Rencontre.

TRENDS : Bonjour Take A Mic, bienvenue sur Trends periodical, c’est une première pour toi. On se retrouve pour parler de ton dernier Ep « Boîte Noire » qui est sorti en Avril dernier. Pour commencer, pour les lecteurs qui ne te connaissent pas pourrais-tu nous dire qui est Take A Mic ?

Take A Mic, c’est un rappeur de 23 ans bientôt 24, membre du groupe Eddie Hyde. J’ai grandi à Orly, j’ai commencé le rap en 2011 avec une mixtape qui s’appelle « Mauvaises habitudes » et là j’en suis à mon huitième projet et je prépare le neuvième.

Take A  Mic : « Take A Mic », tu ne l’as pas choisi au hasard, il y a une petite histoire derrière on suppose, est- ce que tu peux nous la partager ?

Il y a deux histoires en fait, ça a un rapport avec une chanson de Nas qui s’appelle « One Mic » et un voyage à New York. Je suis allé à Harlem quand j’avais neuf ans et durant ce voyage j’écoutais beaucoup de rap cainri et mon oncle m’a fait découvrir Nas et il y avait une chanson que je connaissais par cœur à l’époque. Un jour je suis dans les rues d’Harlem et il y avait un vendeur à la sauvette qui vendait des albums à même le sol, il avait fait tourné le morceau de Nas en question et il y avait une enceinte et un micro. Il me voyait entrain de marmonner les paroles, et il m’a dit de prendre le micro, il m’a dit « Take the mic » et je l’ai pas fait, j’étais trop petit j’étais timide. Donc ça vient de là mon nom.

Donc t’es vraiment imprégné depuis tout petit du monde du hip-hop, est-ce qu’il y a un rappeur à qui tu pourrais te comparer aujourd’hui ?

Non il y en a pas. Aujourd’hui c’est unique ce que je fais, je me suis inspiré de beaucoup de rappeurs. Et il y en a eu pleins que j’écoutais, comme Nas, comme Jay-Z, Fat Joe, The Game, Pusha-T… et même dans le céfran j’ai écouté beaucoup, voire beaucoup trop de rappeurs. J’ai été influencé par plusieurs de ces rappeurs que ça soit dans le flow, la technique, dans le discours etc. mais aujourd’hui j’ai mon propre flow et ma propre image.

Tu commences ta carrière précisément en 2013 lorsque tu as 17 ans avec la sortie de « Mauvaises Habitudes » qui devient une trilogie, comment s’est passée ton entrée dans le rap ? Comment a été accueilli ce premier projet ?

En fait, avant de sortir ce projet j’avais déjà posé et déjà sorti des morceaux sur Skyblog qui n’avaient pas forcément de destinations, je les sortais comme ça et j’avais beaucoup travaillé avec des gens qui venaient d’autres villes, et d’autres départements, j’ai fait beaucoup de featuring. Après très vite, en venant au sixième morceau je me suis dit que ça servait à rien de balancer des sons comme ça, tant qu’à faire les rassembler dans une seule et même mixtape. J’avais mon premier ordi, je venais d’avoir internet, avec mon cousin quand on voulait partager des fichiers on utilisait mediafire, et du coup un jour je vais au studio, je réunis tous les morceaux que j’ai, j’en fais un dossier, et je le balance sur Facebook juste comme ça. Et puis même j’avais sortie, un premier un clip, un freestyle, il y avait pas des millions de vues mais ça avait bien pris, le peu de retour que j’avais étaient positifs. Du coup j’ai continué sur la même lancée, pour le deuxième et jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui tu as 23 ans, et tu as déjà à huit projets à ton actif , dont deux que tu as sorti en Janvier et en Avril, en tant que jeune rappeur comment tu arrives à être si productif ?

Tout simplement parce-que j’ai rien d’autre à faire. Aujourd’hui ça me rapporte de l’argent, avant ça me rapportais un peu de sous, mais pas comme aujourd’hui étant donné que je suis signé mais très vite j’ai dit à mes parents que je voulais faire de la musique, et aujourd’hui c’est ce que je fais tous les jours, si je ne fais pas ça je fais quoi ? Donc c’est ce qui fait que je suis si productif et puis je m’essaie à pleins de trucs aussi, du coup ça me fait pleins de palettes différentes et j’ai beaucoup de musiques, j’ai que ça.

Et du coup tu parlais de tes parents, comment ont-ils pris le fait que tu veuilles faire de la musique ?

Ben ils l’ont super bien pris. Je leur ai dit que je voulais faire de la musique très tôt, je devais avoir 14 ans, j’arrêtais déjà d’aller en cours, fin je suis allé jusqu’à la terminale, et je sais même pas comment j’ai fait pour aller à la terminale (rires) mais en fait j’ai la chance d’avoir des parents pas très stricts, ils sont assez souples, et juste la seule chose qu’ils voulaient pas c’est que je tourne mal, ou que je me mette à fumer et faire ce genre de trucs. La seule chose qu’ils m’ont dite c’est d’y aller à fond et de ne pas dériver sur autre chose. A partir de ce moment-là j’ai pas hésité, j’y suis allé à fond, et c’est ce qu’il fait aussi que je suis productif, parce-que je sais que je ne suis pas encore arrivé au stade que je voulais atteindre, et que pour ça il faut que je continue à travailler, et justement j’ai pas le droit à l’erreur parce-que mes parents m’ont laissé faire ce que je voulais faire.

 

Dans ton dernier projet, « Boîte noire », on te retrouve en mode ego trip d’entrée dès l’interlude, et puis au fur et à mesure tu te dévoiles et tu parles un peu de tes remords, de tes défauts et tes imperfections, c’est en quelques sortes une introspection cet EP ?

Oui c’est ça. En fait, si tu regardes bien je réfléchis pas c’est vraiment le mood dans lequel je suis à chaque fois lorsque je fais le projet en réalité. Donc je n’ai pas cherché à faire des sons où je m’auto critique ou je me dévoile, c’est juste ce que j’ai en tête au moment où je fais l’album ben je vais le mettre dedans. Si demain j’ai tous les jours le sourire, j’ai la banane, je vais faire un projet qui aura plus cette couleur-là, si je suis dans le flou, mon projet va retranscrire ce que je ressens à ce moment-là. Je fais pas de stratégies ou quoi je fais ce que je ressens.

Tu parles plusieurs fois d’un chagrin d’amour que tu as connu, tu t’excuse même du mal que t’as pu faire dans ton entourage dans « Tu l’mérites pas », pour toi la musique c’est également un exutoire ? C’est plus facile pour toi d’exprimer des sentiments profonds en musique ?  

Pour tout le monde je pense que oui, bien sûr. L’art en général je pense que c’est fait pour ça, il y a des gens pour décompresser ils ont besoin de danser, d’autres de peindre, et après ça se voit dans ce qu’ils font, que ça soit du cinéma, du théâtre ou de la danse. Après la musique forcément tu parles donc les gens comprennent facilement. Mais l’art en général je pense que c’est un exutoire.

Un moment dans un de tes titres tu dis « Heureusement qu’on n’a pas chéla, sinon qu’est-ce qu’on ferait là ? » justement si tu n’avais pas réussi à percer dans le rap tu te serais tourné plutôt vers quoi ?

Je sais pas, franchement. J’étais bon au foot avant, et justement j’ai arrêté parce-que je ne m’y intéressais pas plus que la musique. J’aimais bien jouer au foot, être sur le terrain, mais je ne m’intéressais pas à tout ce qu’il y avait autour, c’est-à-dire que ça me dérangeait pas de louper un match à la télé, ça ne m’intéressait pas de savoir qui allait changer de club, qui allait être transféré… et voilà ça se ressentait, quand j’étais en vestiaire que je me changeais, jusqu’à ce que je mette mon équipement entier j’avais encore mon casque sur la tête, j’étais tout le temps entrain de chanter, et au bout d’un moment je me suis dit bon ça sert à rien de faire semblant, autant arrêter le sport et faire quelque chose que j’aime vraiment.

On sent que t’as l’air d’être assez intéressé par la mode, t’es toujours ultra bien sapé dans tes clips, t’as un style propre à toi, t’aurais pu envisager une carrière dans la mode ?

Non, j’aime bien m’habiller, j’aime bien faire attention à mon image, mais ça je pense que ça prend beaucoup de temps, et faire de la musique ça prend déjà assez de temps. Et même s’il y a maintenant plein de rappeurs qui se lancent dans la mode il y en a combien qui arrivent à développer leur marque ? Et je pense que c’est même pas qu’ils ont mauvais goût, mais je pense que c’est par manque de temps, et donc ils passent à côté de pleins de choses. Ils ont du mal à suivre les tendances et donc je pense que c’est pour ça qu’il y en a qui n’arrivent pas à développer leur marque. La musique comme je le disais ça me prend déjà beaucoup de temps pour me lancer dans la mode, après une collection pourquoi pas, mais pas une marque, faut être courageux.

On le voit au travers de ta musique, ton nom, même ta coiffure, puis ton style, tout est assez singulier chez toi, ton but c’est de te démarquer à tous prix des autres rappeurs ?

Je cherche pas à me démarquer, j’ai grandi comme ça. J’ai toujours été dans le milieu un peu hip-hop depuis que j’suis petit et j’ai grandi à Orly, dans une banlieue, une cité comme on dit, et ce que je mettais ça rentrait pas dans les normes de tous les mecs qui habitaient là-bas. J’étais un ovni en fait, les gens ils mettaient des Cortez quand moi je mettais déjà des Air Force, quand j’étais au collège je mettais du Ed Hardy, les gens ils me disaient « Mais c’est quoi cette marque ? », et quand j’arrêtais d’en mettre les gens ont commencé à porter du Ed Hardy. Je mettais Guess on me disait « C’est quoi tes chaussures ? », j’ai grandi comme ça en fait. Donc tout ça je le fais aussi musicalement, j’essaie pas de me démarquer c’est juste que j’ai… pas une longueur d’avance, je dirais pas ça, parce qu’aujourd’hui tout le monde est à point avec Internet etc. mais je sais pas j’essaie de voir plus loin. 

Tu sais que nous sommes un magazine de mode, de streetwear plus précisément, on parle aussi bien de haute-couture que de sneakers, et on sait que t’aime bien le streetwear toi au aussi, c’est quoi les marques que tu portes le plus au quotidien ?

Je peux tout porter, tant que ça me ressemble, après c’est vrai que je vais beaucoup fouiller dans le streetwear, la haute-couture, j’aime bien Saint-Laurent par exemple, ou Gucci.

Et on suppose que tu dois avoir une belle collection de sneakers également ?

J’en ai pas mal, ma paire préférée par exemple c’est une Air Max 1 « Beast », et c’est une paire que j’avais que mon père m’avait donnée et que j’ai vendue… mais aujourd’hui je regrette (rires), après j’ai pleins de paires, ça fait un bon moment que j’achète des sneakers et j’en ai revendu pas mal aussi. J’en ai pas mal.

Qu’est-ce qu’on peut attendre pour la suite, l’arrivée d’un album pourquoi pas ? Tu te sentirais prêt à en sortir un ?

Là tout de suite ? Je dois sortir un album. Mais c’est pas que je me sens pas prêt, moi je sortirais un album si ça ne tenait qu’à moi mais j’essaie d’agrandir la fanbase, faut qu’il y ait plus de monde qui soutienne avant de sortir un album. Pour moi un album c’est quelque chose de très important et c’est pour ça que j’en suis à mon neuvième projet. J’aurais pu sortir mon troisième projet et puis sortir un album, mais j’ai l’impression qu’en France on a pas réellement conscience de ce qu’est vraiment un album, enfin peu d’artistes. Quand t’es jeune artiste comme moi, il faut que ce projet là ait une certaine maturité, qu’on ressente vraiment l’évolution, et que ça suive aussi dans l’image pas seulement dans la musique. Demain si je sors un album faut que tout suive, du genre les médias, réalisateur etc. Là p’tit à p’tit je passe des palliers. Je suis entrain de me perfectionner, avant il y avait beaucoup de rap jusqu’à « Evolution » et puis après il y a eu « Bipolaire » et « Boîte Noire »où on essaie plus de faire des trucs avec des mélodies, et pour moi l’album ça sera l’ensemble de tout ça. Mais ça sera à un moment où j’aurai plus de maturité, on peut faire beaucoup mieux.

Ecoute on attend ça avec impatience alors et on te souhaite bon courage pour ton neuvième projet, merci beaucoup Take a Mic, à bientôt sur TRENDS.



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